Dur dur d'ĂȘtre rousse !
- 22 juin 2020
- 3 min de lecture
âCe qui m'a gĂąchĂ© une bonne partie de ma jeunesse, c'est que j'Ă©tais rousse poil de carotte. Mais poil de carotte, vraiment ! Alors Ă cette Ă©poque-lĂ les roux c'Ă©tait mal vu, c'Ă©tait : ah la rouquine !â. On ne peut sâempĂȘcher de visualiser Jacqueline, petite, belle et rousse, mais aussi de ressentir lâhumiliation et la violence des moqueries.
Jacqueline est forte. Elle enchaĂźne les cigarettes et raconte son histoire avec sa voix de rockeuse. Le seul moment oĂč elle baisse la garde, câest quand elle Ă©voque sa rousseur dâenfant.
âMa mĂšre ne voulait pas qu'on touche Ă mes cheveux. Quand il y avait des clientes qui venaient elles disaient : "Quelle chevelure !". Je les aurais bouffĂ©es moi ! J'avais les cheveux trĂšs volumineux car je nâallais jamais chez le coiffeur. Tout roux, frisĂ©s, serrĂ©s, crĂ©pus... Alors quand elle me lavait la tĂȘte et qu'elle voulait me dĂ©mĂȘler... Je hurlais !â
Aujourdâhui, Jacqueline a les cheveux bruns, trĂšs foncĂ©s et trĂšs courts. Elle les a teints dĂšs sa majoritĂ©. Elle nâa jamais laissĂ© la rousseur reprendre le dessus.
âJ'Ă©tais moquĂ©e dĂšs mes sept ans. Ils venaient tirer mes anglaises en disant : "Tire le boudin", comme on tire une pis de vache. Ăa je peux dire que j'ai Ă©tĂ© malheureuseâ. Nous le savons, le harcĂšlement des enfants a un impact fort sur lâĂȘtre humain en devenir. Les moqueries dâenfants sont des blessures qui restent toujours.
La petite tasse historique
Faisons appel Ă l'histoire pour comprendre d'oĂč vient cette haine de la rousseur.
Les premiers signes de rousseur nous viennent dâEgypte. Seth, le seigneur du dĂ©sert connu pour sa violence qui trahit son frĂšre, est surnommĂ© âdiable rouxâ. Ainsi, tout ce qui touche Ă la rousseur est assimilĂ© au mal et Ă la violence. Tout comme en Egypte, les Grecs ont un Dieu roux, Typhon, connu pour sa malfaisance. Les animaux roux sont sacrifiĂ©s pour rendre hommage Ă ce dieu... Il valait mieux ne pas ĂȘtre un renard ! Dâailleurs, le renard est connu pour ĂȘtre malicieux, voleur et rusĂ©... Rien de trĂšs valorisant. Au mĂȘme moment, dans les théùtres de la Rome Antique, les esclaves, voleurs et bouffons sont tous⊠roux !
Le Moyen-Ăge sâen donne Ă coeur joie pour diaboliser les roux. Les rouquins ne se lavent pas, tuons-les ! Les rouquines sont diaboliques, elles se sont approchĂ©es des flammes de lâenfer et leur chevelure a pris la couleur de braise !
En pleine traque des sorciĂšres, les tĂąches de rousseur sont perçues comme des signes du diable, ce qui facilite la sĂ©lection pour le bĂ»cher. Et si elles sâapprochent autant du diable⊠forcĂ©ment elles forniquent avec lui. En 1254, Saint-Louis dĂ©cide par un Ă©dit dâobliger les prostituĂ©es Ă se colorer les cheveux en roux : il faut pouvoir diffĂ©rencier les femmes du diable et les femmes pures.

On peut se dire que câĂ©tait il y a longtemps, que cela a forcĂ©ment changĂ©. Pas vraiment ! Zola Ă©crit six siĂšcles plus tard lâhistoire dâune prostituĂ©e, Nana, dont les cheveux deviennent couleur braise Ă chaque fois quâelle se dĂ©nude. Quant Ă Toulouse-Lautrec, il reprĂ©sente ses fameuses prostituĂ©s de la rue des Moulins⊠Toutes rouquines ! Les rousses sont rĂ©putĂ©es sulfureuses et sexuelles.
Le biscuit dâactualitĂ©
On finit sur une note positive : lâapparition de nouvelles figures rousses pour changer les mentalitĂ©s est trĂšs rĂ©cente mais bel et bien lĂ , en 2014, Disney met en scĂšne sa toute premiĂšre hĂ©roĂŻne rousse dans le film âRebelleâ !
